HUMOUR DE FAUCHEUSE

HUMOUR DE FAUCHEUSE

La mort n’épargne personne, pas même les puissants de ce monde, inéluctable, elle fait partie de la vie et remet chacun à la même place, fragile et humain. Elle débarque sans prévenir et peut nous arrêter au beau milieu d’une phrase, dans une rue, en voyage, ou encore dans notre sommeil, ce qui parait la solution la plus douce pourvu que ce soit à un âge très avancé. On se dit alors, qu’il est des situations de décès plus grotesques que d’autres et que seuls les grands de ce monde seront scrutés jusqu’à la dernière seconde. Alors, heureux les anonymes dans certaines situations car la presse n’en fera pas ses choux gras.
L’oncle Felix mort dans les bras de sa lingère ne fera pas les gros titres, au pire il alimentera joyeusement la légende familiale entre la poire et le fromage.
Le Bureau du temps explore quelques cas de morts idiotes ou surprenantes.

Commençons par une coquinerie présidentielle

Panique à l’Elysée un soir de février 1899, le président de la république, Félix Faure, bel homme de 58 ans (standards de l’époque) vient de trépasser.
Le salon bleu réservé à ses audiences très privées (standards de l’époque également, ces messieurs ont des mœurs légères, ils ont des maîtresses, et fréquentent aussi les maisons closes) et ce soir-là il y reçoit Mme Steinheil non sans avoir pris au préalable 2 dragées de phosphure de zinc, le viagra de l’époque.

 Cette folie des grandeurs lui coûtera bien plus que les privilèges qu’il accorde à la dame.


Celui qui était surnommé le « Président Soleil » pour son goût du faste, s’éteindra en fâcheuse position dans les bras de sa belle que l’on fera sortir par une porte dérobée.
La pilule est un peu dure à avaler…Et ce Viagra en devenir pas encore au point.


Il ne laisse pas grand-chose de spectaculaire, une légende urbaine, de bons mots de ses ennemis, une avenue, une rue et une station de métro.


Felix Faure terminus du train.

La grande bouffe d’Adolf Frederik de Suède

Le bureau du temps se déplace à présent à Stockholm en 1771 ou le roi fait ce qu’il sait faire de mieux : manger !!!

Nous sommes à la veille du carême et comme tout le pays le roi compte bien se régaler et le festin de ce mardi gras est composé de homards, caviar, choucroute garnie, harengs rouges, poissons fumés divers que notre monarque arrose généreusement de son champagne préféré.

Quant au dessert ce sera lait chaud et le gâteau emblématique de la Suède comme de nombreux pays nordiques, le Hetvägg ou Semla.

Ce gourmand reprend 14 fois de cette brioche fourrée à la pâte d’amandes et crème fouettée à 500 calories la pièce.

Le roi meurt dans la nuit d’une indigestion, le siècle des lumières avance bien mais les médecins ne pourront pas sauver leur souverain des dommages collatéraux de cet excès historique.

Il obtient ainsi un joli titre de gloire dans l’histoire enseignée aux écoliers suédois, celui de « roi glouton ».

1667, Suicide au château de chantilly, Mme de Sévigné témoigne pour le Bureau du temps . Le grand Vatel n’est plus !

Vatel c’est le self made men de l’époque, ch’ti de modeste condition il devient très vite le surintendant de Fouquet.

Qui dit intendant, dit logistique et pas cuisine, car on pense encore à tort que Vatel était un chef.

En 1661, c’est donc lui qui supervise les fêtes d’inauguration du château de Vaux-le-Vicomte, en présence du jeune roi Louis XIV et de la cour.

Jean de la Fontaine sera dithyrambique : « Jamais Vaux ne sera plus beau qu’il le fut cette soirée-là », et ni une ni deux le soleil est touché dans son orgueil par tant de fastes et craint les ambitions de Fouquet, le fait arrêter. Vatel perd son job.

En 1667, on retrouve notre ch’ti contrôleur général  du château de Chantilly auprès du prince de Condé, en disgrâce et qui souhaite regagner l’affection du roi , il invite donc en 1671, Louis XIV, la reine et le frère du roi, accompagnés de la cour (environ 2 000 personnes).

Le Roi se réjouit de découvrir les nouveaux aménagements des jardins par Le Nôtre.

Vatel est à la manœuvre pour ces 3 jours de festivités, du 23 au 25 avril. Prévenu 2 semaines avant, Vatel se prive de sommeil pour relever ce défi de taille.

 Madame de Sévigné dans une lettre datée du 17 avril : « Jamais il ne s’est fait tant de dépenses au triomphe des empereurs, qu’il y en aura là ; rien ne coûte ; on reçoit toutes les belles imaginations sans regarder à l’argent. […] Il faut quatre repas, il y aura vingt-cinq tables servies à cinq services, sans compter une infinité d’autres qui surviendront : nourrir tout, c’est nourrir la France et la loger ; tout est meublé : de petits endroits qui ne servaient qu’à mettre des arrosoirs deviennent des chambres de courtisans. »

Vatel est épuisé. Le feu d’artifice prévu fera un flop à cause des nuages. Dès 4h du matin l’arrivage du poisson est incomplet, Vatel croit qu’il n’en recevra plus et s’estime déshonoré. Il monte à sa chambre, met son épée contre la porte et se fait Hara-kiri. Les livraisons de poissons arrivent enfin. On cherche Vatel pour qu’il les distribue : on le découvre dans une mare de sang.

Le Prince de Condé est désespéré. Louis XIV en est également contrarié. Mais la perte de Vatel ne doit pas perturber la fête et il est vite remplacé : « On dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse ; tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté », conclut Madame de Sévigné. La fête est un éblouissant succès, comme le rapporte La Gazette, le 8 mai 1671.

Elle scelle le retour en grâce du Grand Condé.

                                                          Hommage à Vatel le Samouraï

Non-assistance à personne dangereuse

La fin ubuesque du « petit père des peuples » pour certains ou du « tsar rouge » pour les autres

Il y a 69 ans, le 5 mars 1953, le dictateur soviétique Joseph Staline décédait brusquement. L’annonce plongea le monde dans la stupeur ou dans la joie, c’était variable selon qu’on avait conscience des 25 millions de mort à son actif ou pas…

En 1953 Staline a 73 ans et c’est un homme usé de ses excès, en proie à une paranoïa des plus folle, qui ne fait plus confiance à personne, fait goûter ses plats, commande son thé par téléphone, possède 4 chambres à coucher identiques et équipées de capteurs de mouvements dans sa datcha et en change chaque soir par crainte d’être assassiné.
Le 28 février, comme d’habitude, Staline invite Malenkov, Beria, Khrouchtchev et Boulganine pour une soirée film et un festin bien arrosé dans sa datcha.
Staline veut des nouvelles du procès contre les médecins du Kremlin, qu’il veut superviser. Cet hiver là, il avait mené une chasse contre ces derniers, dont la plupart était  juifs, le fameux complot des blouses blanches. Après le repas, Staline les congédie.
Le lendemain, plus aucune nouvelle de lui, les capteurs de ses chambres ne détectent rien en mouvement et personne n’ose le déranger.
On le découvre inanimé au sol lorsqu’enfin ses compagnons osent entrer, il est 22h30 le 1er mars et on pense immédiatement à un AVC.
Ses camarades le transportent au salon alors qu’il respire encore et les discussions commencent, et c’est à ce moment-là que la situation s’aggrave.
Les grands médecins sont en procès c’est ballot !!
Ses camarades ont peur des représailles sûrement cruelles que le « petit père des peuples » ne manquerait pas d’engager contre eux comme par exemple des vacances au goulag ou pire, la mort pure et simple, bref c’est la panique, on se sait que faire, et les idées les plus folles circulent dans ce huis clos qui se terminera par le trépas du « tsar rouge ».

« La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique. » Joseph Staline

Sa mort reste un mystère, et le bureau du temps se réserve le droit de préférer cette version, sans peur d’aller au goulag…

 

Le bureau du temps a pris plaisir à vous présenter ces décès étranges et se penchera sur la question de nouveau.

Petit clin d’œil à une couturière de nos amies, qui même à 80 ans, met un point d’honneur à toujours porter une lingerie de grande qualité, car dit-elle : « si la mort me prend par surprise, au moins je serai belle. »

ET AU COMMENCEMENT, IL Y AVAIT L’HYDROMEL…

Des festins des dieux nordiques ou les valkyries remplissaient généreusement des cornes d’hydromel, des dieux de l’Olympe, en passant par les Grecs, les Romains, les Gaulois, les Celtes, cette boisson mythique inspire et intrigue à la fois.

Ici, le blog du bureau du temps ne parlera pas de l’Hydre de Lerne terrassée par le plus connu et le plus courageux des héros grecs, le célèbre Hercule ou Héraclès. Le monstre à 12 têtes ne se laissa pas faire, mais notre demi-dieu en vint finalement à bout, mais c’est une autre histoire.

PARLONS DE L’HYDROMEL

Bien avant le vin et la bière, les hommes s’enivraient de ce mélange fermenté de miel et d’eau. What else ?

Rien de plus simple en effet, mais presque 18° tout de même ! Bref, on consomme ce nectar divin dans toute l’Europe. On se canarde à gogo sur les champs de batailles et cela se termine invariablement par un banquet arrosé.

Vertus antibiotiques et antibactériennes, il n’en fallait pas plus comme argument marketing. Le succès fut fulgurant. Malheureusement, les époques changent et le chant du cygne approche.

DU DECLIN A LA DISPARITION

Bien que trouvable encore au moyen-âge chez les religieux, l’hydromel se fait peu à peu piquer la vedette par la bière ou le vin. La tradition est un rien résistante toute de même chez nos amis nordiques car la vigne y est rare.

La première place devient chère et on commence à trouver également des dérivés comme l’Oxymel médiéval qui est un mélange de miel et de vinaigre de vin, l’Oenomiel fabriqué à partir de miel et de moût de raisin, et le très connu Chouchen qui vint faire parler de lui en Bretagne vers le 19e siècles et qu’on fabrique avec du miel et des pommes (la légende attribue l’invention à un citoyen de Rosporden, Mr Le Moal) qui se déguste encore, ils sont forts ces Bretons !

FAIRE DU NEUF AVEC DU VIEUX

Si on se réfère à l’adage : » rappelez vous de votre passé pour inspirer votre futur« . La série Game of Thrones nous réconcilie avec les grandes épopées du genre « médiéval », et nos héros ne se privent pas, car l’hydromel y coule à flots. Vu à la télé …

Cette phrase a fait écho dans l’esprit de 2 étudiants qui nous proposent de redécouvrir l’hydromel tout en pétillance : L’HYDRE vient de naître ! hydre.fr .

Leur travail sera bientôt récompensé à n’en pas douter.

Le bureau du temps a hâte de tester. En bouteille ou à la pression, nous nous voyons bien festoyer et boire dans des cornes !!!!! (laissons les animaux en paix, mais l’idée de gobelets en forme de cornes fera peut-être son chemin, le bureau du temps prend des droits d’auteur pour cette brillante idée ).

Bonne route à L’HYDRE , 1000 mercis aux abeilles et vive les bulles.

Retrouvez la publication Instagram https://www.instagram.com/lebureaudutemps/

5 FEVRIER AU BUREAU DU TEMPS

Comme son nom l’indique, au Bureau du temps, on a du temps.

Décision est donc prise de souhaiter un bon anniversaire à Charlotte Rampling (juste parce que la beauté est éternelle), Nabilla Benattia (parce que l’équipe prend le pari que la demoiselle va se bonifier comme un bon bordeaux et sera ce qui reste de moins pire de la télé réalité, donc bisou), et la marquise de Sévigné (parce que influenceuse avant l’heure).

On pense à remercier aussi ceux qui ont œuvré au retour à Lyon un 5 févier après de longues vacances en Bolivie de Klaus Barbie (une énorme pensée au génial Ladislas de Hoyos), on pense aux habitants de Pompéi, car leur ciel s’est écroulé un fameux 5 février 63.

Comme on a le temps, on pense à un tas de choses, comme l’anniversaire de ma belle-sœur Laurence Hervé et aux Agathe dont c’est la fête et d’ailleurs « si tu sèmes tes poireaux à la sainte Agathe, pour un brin t’en auras quatre ».

Mais ne concluons pas ce petit résumé sans parler de la journée mondiale du Nutella. retrouvez cet article sur Instagram https://www.instagram.com/lebureaudutemps/

Le bureau du temps lève les yeux aujourd’hui vers un pilote de la grande guerre : RENE FONK, L’AS DES AS FRANCAIS AUX 75 VICTOIRES AERIENNES.

UN DESTIN

René Fonk n’est pas destiné à devenir le héros de la grande guerre que l’on connaît. L’aviation, en ce début de siècle est naissante et réservée aux classes élevées de la société voire aristocratiques.

Ce fils de modeste sagard vosgien né en 1894 regarde pourtant vers le ciel et se prend à rêver en lisant les exploits des premiers pionniers de cette aventure moderne.

Pour l’heure, les plans de ses avions restent dans sa tête et il mobilise son énergie à apprendre la mécanique et à arpenter les hauteurs des montagnes vosgiennes pour chasser et observer les oiseaux, il faudra attendre le 2 août 1914 date du début de la Première Guerre mondiale et la mobilisation générale pour que sa légende naisse.

DES VOSGES A SAINT-CYR

La chance lui sourit, car il est incorporé dans un groupe d’aviation et obtiendra finalement le Graal en devenant pilote sur Caudron et sera promu adjudant dans l’aviation d’observation.

 L’armée à cette époque ne croit guère à l’utilité de ces aviateurs, car seul le combat terrestre est digne d’intérêt pour cette génération de vieux généraux, ces jeunes hommes sont vus comme des aventuriers et sont cantonnés à l’observation et à  l’étude des mouvements des armées ennemis au sol.

 Rene Fonk va saisir sa chance une première fois en obligeant un avion allemand à atterrir en territoire français, ce sera le début d’une longue série, mais en moins pacifique, le chasseur impitoyable des Vosges est lancé.  

L’OISEAU DE PROIE  

Devenu un redoutable chasseur, en 1917, Fonck s’oppose à une formation de cinq Albatros, il parvient à en abattre un et les autres prennent la fuite. La hiérarchie commence alors à s’intéresser à lui. À 23 ans, il totalise 600 heures de vol et quatre victoires aériennes, dont deux homologuées, il a reçu quatre citations, la Médaille militaire et une Croix de guerre agrémentée de trois palmes et d’une étoile, il vient de gagner sa place dans le club très fermé des aviateurs d’avions de chasse et il se présente le 25 avril 1917 à la N103, l’une des quatre escadrilles avec la N3, la N26 et la N73 qui composent le célèbre groupe de combat 12 dit « groupe des Cigognes ».

René Fonk fait corps avec son aéronef fétiche, le SPAD XIII  

René Fonk

L’aventure commence sur le SPAD VII puis le SPAD XIII qui va devenir sa monture officielle et où il va peaufiner sa technique de chasse aussi singulière que prometteuse . Il développe un principe simple de tir aérien.

Sa très bonne acuité visuelle lui permet une précision de tir hors norme sur les points vitaux des avions ennemis : le pilote, le moteur ou les réservoirs de l’appareil. Dès la première passe, il faut porter un coup imparable et dévastateur à l’adversaire afin « de ne pas gaspiller ses cartouches et lâcher ses balles à l’instant même où elles ont une chance de se bien placer » dit-il.

 Il s’habitue à ouvrir le feu dans toutes les positions de vol et provoque la surprise en fondant littéralement sur les avions ennemis à grande vitesse comme le ferait un oiseau de proie et tire de près le tout souvent en très haute altitude, le Vosgien n’est pas impacté par le manque d’oxygène et c’est un atout majeur dans sa technique de combat.

LA VALEUR N’ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNEES

1919, le jeune capitaine à 24 ans et il brandit avec orgueil le drapeau de l’aviation lors du  défilé de la victoire. Sa veste d’uniforme est constellée d’un nombre impressionnant de décorations et d’une Croix de guerre ornée de 27 palmes et d’une étoile.

Le temps des célébrations, René Fonk surnommé la cigogne blanche

Il est l’as des as interallié de la Grande Guerre avec 75 victoires aériennes, mais en réalité, c’est peut-être plus, c’est dire si la valeur n’a pas attendu le nombre des années. Le jeune lieutenant  se moque bien du Baron rouge et que le diable l’emporte cet aristocrate prussien tombé au-dessus de la somme.

Le Baron rouge

L’AS DES AS QUITTE LE CIEL POUR LES ORS DE LA REPUBLIQUE

Octobre 1919, c’est la démobilisation et René Fonk quitte le monde de l’aviation pour répondre à l’appel de Georges Clemenceau, ses talents de pilote serviront à des fins électorales pour tracter depuis le ciel.

Il devient député puis secrétaire d’état et profite de cette bonne fortune pour publier une biographie «  Mes combats » dans laquelle la part belle est faite à ses passe-d ’armes dans le ciel.

UN VISIONNAIRE INCOMPRIS

René Fonk milite ardemment pour une aviation civile et militaire, mais le pouvoir en place reste sourd à ses discours et ignore ses avertissements. Il se fait le représentant itinérant de ses propres idées et se  rend souvent aux Etats Unis  pour donner des conférences et défendre les intérêts de la France,  Alors qu’il il est invité par  la reine Wilhelmine de Hollande, un certain Hermann Goering, As allemand de l’escadrille Richthofen, lui demande d’intervenir au nom de la fraternité d’armes, auprès d’une société d’aviation suédoise. Celui qui deviendra un proche  d’Hitler n’aura de cesse de payer sa dette quand éclatera la Seconde Guerre mondiale.

Le député vosgien se lance également dans la fabrication des automobiles René Fonck et ce sera malheureusement un échec. En 1924, il publie « L’Aviation et la sécurité française » dans lequel il dresse un inventaire de la situation française et de ses moyens de défense aérienne  en cas de nouvelle guerre. Il craint que l’Allemagne ne soit en train de se préparer à une revanche.

UNE NOUVELLE AVENTURE

Lassé de la politique René Fonck se souvient d’un colloque qu’il avait donné à la Société de géographie à Paris au cours duquel il avait dressé le tableau d’un trajet Paris/New York en moins de dix heures.

 Il se met à rêver encore et cette fois, il part aux Etats Unis pour rendre  visite et s’entretenir avec un constructeur sur la faisabilité d’une telle tentative. Enthousiaste, il est mis en contact, au début de l’année 1926, avec le puissant groupe financier The Argonauts Inc.

Le mythe d’Icare

 De nombreux vols d’essai sont effectués au cours de l’année. Sous la pression de la presse impatiente, Fonck finit par embarquer avec un copilote, un mécanicien et un radio-mécanicien. Sur le terrain de Roosevelt Fields, le 21 septembre, la foule est venue assister au décollage du S-35 qui mesure 30 mètres d’envergure et pèse 13 tonnes. Chargé de 9 500 litres d’essence nécessaires à la traversée, l’appareil souffre  à s’arracher de la piste en herbe jonchée de nids-de-poule. Au premier trou, une roue casse, la course de l’avion s’arrête, mais il prend feu. Seuls Fonck et son copilote s’en sortent indemnes. Les mécaniciens prisonniers de la soute meurent carbonisés.

 Il aura suffi de trois minutes pour qu’Icare se brule les ailes. L’as des as « est dévasté par cet accident, mais il souhaite  retenter sa chance  et se prend de passion  pour la construction d’îles flottantes qui permettraient aux pilotes de faire des escales techniques. Mais Lindbergh le prendra de vitesse pour la traversée et les îles flottantes tomberont dans les abysses océanes…

De chasseur, René Fonk devient proie

C’est le temps des jours sombres pour René Fonk, car il enchaine les mauvaises rencontres et les   échecs.

Suite et fin d’une destinée hors norme qui décline comme le crépuscule d’un demi-dieu… Revenu en France René Fonck fait  campagne pour les nouvelles législatives de 1928, puis celles de 1932, sans succès. Entre temps, il effectue des périodes de réserve et va  régulièrement les salons aéronautiques pour suivre les progrès des nations européennes , la passion toujours chevillée au corps .

Retrouvailles avec Hermann Goering

L’Internationale Luftfahrtausstellung se tient à Berlin en 1928. Pour fêter l’événement, les autorités allemandes ont invité tous les aviateurs célèbres, les plus importants constructeurs d’avions, et la presse. Arrivé à Berlin, René Fonck est surpris de rencontrer Ernst Udet, l’as allemand aux 62 victoires.

 C’est la première fois qu’un officier aviateur français est reçu en convive parmi des généraux allemands, des ministres prussiens, des constructeurs d’avions et des attachés de l’air des pays étrangers. Hermann Goering figure parmi les personnalités. René Fonck ne l’a pas revu depuis 1924. En France, l’Armée de l’air voit enfin le jour en juillet 1934. Le décret du 1er avril 1933 a défini ses missions, et celui du 2 juillet 1934 règle son organisation. René Fonk est mis à l’écart.

René Fonk et son « avion cavalier »

René Fonck adresse au ministère de l’Air une première étude relative à l’état de la force aérienne française et à son emploi, ainsi qu’une proposition d’un nouvel appareil, léger et armé. Ces initiatives, bien que poliment accueillies, restent classées sans suite jusqu’en août 1935, date à laquelle on le mandate pour étudier le matériel et les méthodes de l’aviation légère de défense, autrement dit la chasse.

L’ancien héros du ciel pilote est détaché à l’aviation de défense métropolitaine et des écoles, sous les ordres du général de division aérienne Paul Armengaud. Il doit établir une expertise portant sur « les procédés de combat, les manœuvres d’attaque et de dégagement », et sur « l’instruction du tir ».

Le 23 décembre 1935, le général Armengaud reconnaît la valeur de « l’audit » en ces termes : « A rédigé un rapport de mission qui constitue un travail important, d’un réel intérêt », puis précise, en octobre 1936, que cette étude « doit faire l’objet d’un enseignement dans les écoles ». Mais, en haut lieu, c’est le statu quo… L’état-major de l’Armée de l’air souhaite maintenir René  Fonck en service pour une période d’un an, mais il  rejette la proposition.

UN PASSE EMBARRASSANT PUIS L’OUBLI  

La deuxième guerre mondiale sera une période incertaine pour René Fonk, la drôle de guerre s’installe et de nombreux officiers restent naïvement fidèles au maréchal Pétain qui demeure à leurs yeux le héros de 14/18.

Cette loyauté soldatesque à l’égard du  héros de Verdun, ses rencontres, même si fortuites avec Goering, entacheront à jamais le parcours glorieux de cet homme oiseau aux milles vies.

 A la libération il fera même de la prison et sera libéré très vite faute de preuve.

Il meurt en 1953 d’une attaque cérébrale, il aura tout de même les honneurs d’une modeste cérémonie à l’église des invalides et rejoindra enfin ses chères hauteurs Vosgiennes.

Pour trouver d’autres articles de ce genre, le bureau du temps vous conseille également le blog du pilote sur le site Aviateur Solitaire