Le bureau du temps lève les yeux aujourd’hui vers un pilote de la grande guerre : RENE FONK, L’AS DES AS FRANCAIS AUX 75 VICTOIRES AERIENNES.

UN DESTIN

René Fonk n’est pas destiné à devenir le héros de la grande guerre que l’on connaît. L’aviation, en ce début de siècle est naissante et réservée aux classes élevées de la société voire aristocratiques.

Ce fils de modeste sagard vosgien né en 1894 regarde pourtant vers le ciel et se prend à rêver en lisant les exploits des premiers pionniers de cette aventure moderne.

Pour l’heure, les plans de ses avions restent dans sa tête et il mobilise son énergie à apprendre la mécanique et à arpenter les hauteurs des montagnes vosgiennes pour chasser et observer les oiseaux, il faudra attendre le 2 août 1914 date du début de la Première Guerre mondiale et la mobilisation générale pour que sa légende naisse.

DES VOSGES A SAINT-CYR

La chance lui sourit, car il est incorporé dans un groupe d’aviation et obtiendra finalement le Graal en devenant pilote sur Caudron et sera promu adjudant dans l’aviation d’observation.

 L’armée à cette époque ne croit guère à l’utilité de ces aviateurs, car seul le combat terrestre est digne d’intérêt pour cette génération de vieux généraux, ces jeunes hommes sont vus comme des aventuriers et sont cantonnés à l’observation et à  l’étude des mouvements des armées ennemis au sol.

 Rene Fonk va saisir sa chance une première fois en obligeant un avion allemand à atterrir en territoire français, ce sera le début d’une longue série, mais en moins pacifique, le chasseur impitoyable des Vosges est lancé.  

L’OISEAU DE PROIE  

Devenu un redoutable chasseur, en 1917, Fonck s’oppose à une formation de cinq Albatros, il parvient à en abattre un et les autres prennent la fuite. La hiérarchie commence alors à s’intéresser à lui. À 23 ans, il totalise 600 heures de vol et quatre victoires aériennes, dont deux homologuées, il a reçu quatre citations, la Médaille militaire et une Croix de guerre agrémentée de trois palmes et d’une étoile, il vient de gagner sa place dans le club très fermé des aviateurs d’avions de chasse et il se présente le 25 avril 1917 à la N103, l’une des quatre escadrilles avec la N3, la N26 et la N73 qui composent le célèbre groupe de combat 12 dit « groupe des Cigognes ».

René Fonk fait corps avec son aéronef fétiche, le SPAD XIII  

René Fonk

L’aventure commence sur le SPAD VII puis le SPAD XIII qui va devenir sa monture officielle et où il va peaufiner sa technique de chasse aussi singulière que prometteuse . Il développe un principe simple de tir aérien.

Sa très bonne acuité visuelle lui permet une précision de tir hors norme sur les points vitaux des avions ennemis : le pilote, le moteur ou les réservoirs de l’appareil. Dès la première passe, il faut porter un coup imparable et dévastateur à l’adversaire afin « de ne pas gaspiller ses cartouches et lâcher ses balles à l’instant même où elles ont une chance de se bien placer » dit-il.

 Il s’habitue à ouvrir le feu dans toutes les positions de vol et provoque la surprise en fondant littéralement sur les avions ennemis à grande vitesse comme le ferait un oiseau de proie et tire de près le tout souvent en très haute altitude, le Vosgien n’est pas impacté par le manque d’oxygène et c’est un atout majeur dans sa technique de combat.

LA VALEUR N’ATTEND PAS LE NOMBRE DES ANNEES

1919, le jeune capitaine à 24 ans et il brandit avec orgueil le drapeau de l’aviation lors du  défilé de la victoire. Sa veste d’uniforme est constellée d’un nombre impressionnant de décorations et d’une Croix de guerre ornée de 27 palmes et d’une étoile.

Le temps des célébrations, René Fonk surnommé la cigogne blanche

Il est l’as des as interallié de la Grande Guerre avec 75 victoires aériennes, mais en réalité, c’est peut-être plus, c’est dire si la valeur n’a pas attendu le nombre des années. Le jeune lieutenant  se moque bien du Baron rouge et que le diable l’emporte cet aristocrate prussien tombé au-dessus de la somme.

Le Baron rouge

L’AS DES AS QUITTE LE CIEL POUR LES ORS DE LA REPUBLIQUE

Octobre 1919, c’est la démobilisation et René Fonk quitte le monde de l’aviation pour répondre à l’appel de Georges Clemenceau, ses talents de pilote serviront à des fins électorales pour tracter depuis le ciel.

Il devient député puis secrétaire d’état et profite de cette bonne fortune pour publier une biographie «  Mes combats » dans laquelle la part belle est faite à ses passe-d ’armes dans le ciel.

UN VISIONNAIRE INCOMPRIS

René Fonk milite ardemment pour une aviation civile et militaire, mais le pouvoir en place reste sourd à ses discours et ignore ses avertissements. Il se fait le représentant itinérant de ses propres idées et se  rend souvent aux Etats Unis  pour donner des conférences et défendre les intérêts de la France,  Alors qu’il il est invité par  la reine Wilhelmine de Hollande, un certain Hermann Goering, As allemand de l’escadrille Richthofen, lui demande d’intervenir au nom de la fraternité d’armes, auprès d’une société d’aviation suédoise. Celui qui deviendra un proche  d’Hitler n’aura de cesse de payer sa dette quand éclatera la Seconde Guerre mondiale.

Le député vosgien se lance également dans la fabrication des automobiles René Fonck et ce sera malheureusement un échec. En 1924, il publie « L’Aviation et la sécurité française » dans lequel il dresse un inventaire de la situation française et de ses moyens de défense aérienne  en cas de nouvelle guerre. Il craint que l’Allemagne ne soit en train de se préparer à une revanche.

UNE NOUVELLE AVENTURE

Lassé de la politique René Fonck se souvient d’un colloque qu’il avait donné à la Société de géographie à Paris au cours duquel il avait dressé le tableau d’un trajet Paris/New York en moins de dix heures.

 Il se met à rêver encore et cette fois, il part aux Etats Unis pour rendre  visite et s’entretenir avec un constructeur sur la faisabilité d’une telle tentative. Enthousiaste, il est mis en contact, au début de l’année 1926, avec le puissant groupe financier The Argonauts Inc.

Le mythe d’Icare

 De nombreux vols d’essai sont effectués au cours de l’année. Sous la pression de la presse impatiente, Fonck finit par embarquer avec un copilote, un mécanicien et un radio-mécanicien. Sur le terrain de Roosevelt Fields, le 21 septembre, la foule est venue assister au décollage du S-35 qui mesure 30 mètres d’envergure et pèse 13 tonnes. Chargé de 9 500 litres d’essence nécessaires à la traversée, l’appareil souffre  à s’arracher de la piste en herbe jonchée de nids-de-poule. Au premier trou, une roue casse, la course de l’avion s’arrête, mais il prend feu. Seuls Fonck et son copilote s’en sortent indemnes. Les mécaniciens prisonniers de la soute meurent carbonisés.

 Il aura suffi de trois minutes pour qu’Icare se brule les ailes. L’as des as « est dévasté par cet accident, mais il souhaite  retenter sa chance  et se prend de passion  pour la construction d’îles flottantes qui permettraient aux pilotes de faire des escales techniques. Mais Lindbergh le prendra de vitesse pour la traversée et les îles flottantes tomberont dans les abysses océanes…

De chasseur, René Fonk devient proie

C’est le temps des jours sombres pour René Fonk, car il enchaine les mauvaises rencontres et les   échecs.

Suite et fin d’une destinée hors norme qui décline comme le crépuscule d’un demi-dieu… Revenu en France René Fonck fait  campagne pour les nouvelles législatives de 1928, puis celles de 1932, sans succès. Entre temps, il effectue des périodes de réserve et va  régulièrement les salons aéronautiques pour suivre les progrès des nations européennes , la passion toujours chevillée au corps .

Retrouvailles avec Hermann Goering

L’Internationale Luftfahrtausstellung se tient à Berlin en 1928. Pour fêter l’événement, les autorités allemandes ont invité tous les aviateurs célèbres, les plus importants constructeurs d’avions, et la presse. Arrivé à Berlin, René Fonck est surpris de rencontrer Ernst Udet, l’as allemand aux 62 victoires.

 C’est la première fois qu’un officier aviateur français est reçu en convive parmi des généraux allemands, des ministres prussiens, des constructeurs d’avions et des attachés de l’air des pays étrangers. Hermann Goering figure parmi les personnalités. René Fonck ne l’a pas revu depuis 1924. En France, l’Armée de l’air voit enfin le jour en juillet 1934. Le décret du 1er avril 1933 a défini ses missions, et celui du 2 juillet 1934 règle son organisation. René Fonk est mis à l’écart.

René Fonk et son « avion cavalier »

René Fonck adresse au ministère de l’Air une première étude relative à l’état de la force aérienne française et à son emploi, ainsi qu’une proposition d’un nouvel appareil, léger et armé. Ces initiatives, bien que poliment accueillies, restent classées sans suite jusqu’en août 1935, date à laquelle on le mandate pour étudier le matériel et les méthodes de l’aviation légère de défense, autrement dit la chasse.

L’ancien héros du ciel pilote est détaché à l’aviation de défense métropolitaine et des écoles, sous les ordres du général de division aérienne Paul Armengaud. Il doit établir une expertise portant sur « les procédés de combat, les manœuvres d’attaque et de dégagement », et sur « l’instruction du tir ».

Le 23 décembre 1935, le général Armengaud reconnaît la valeur de « l’audit » en ces termes : « A rédigé un rapport de mission qui constitue un travail important, d’un réel intérêt », puis précise, en octobre 1936, que cette étude « doit faire l’objet d’un enseignement dans les écoles ». Mais, en haut lieu, c’est le statu quo… L’état-major de l’Armée de l’air souhaite maintenir René  Fonck en service pour une période d’un an, mais il  rejette la proposition.

UN PASSE EMBARRASSANT PUIS L’OUBLI  

La deuxième guerre mondiale sera une période incertaine pour René Fonk, la drôle de guerre s’installe et de nombreux officiers restent naïvement fidèles au maréchal Pétain qui demeure à leurs yeux le héros de 14/18.

Cette loyauté soldatesque à l’égard du  héros de Verdun, ses rencontres, même si fortuites avec Goering, entacheront à jamais le parcours glorieux de cet homme oiseau aux milles vies.

 A la libération il fera même de la prison et sera libéré très vite faute de preuve.

Il meurt en 1953 d’une attaque cérébrale, il aura tout de même les honneurs d’une modeste cérémonie à l’église des invalides et rejoindra enfin ses chères hauteurs Vosgiennes.

Pour trouver d’autres articles de ce genre, le bureau du temps vous conseille également le blog du pilote sur le site Aviateur Solitaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *